vendredi 15 juillet 2011

Oh là là un personnage ambigu ! Est-ce grave ?

C'était la dernière semaine avant les vacances scolaires, je faisais une série d'interventions dans une classe de CP-CE1. L'idée c'était qu'à la fin de la semaine, ils aient tous dans les mains leur propre petit livre relié avec leur histoire à l'intérieur. Puis qu'ils aillent tous lire et débattre de leur histoire personnelle dans une autre classe de l'école.

Libres du choix du thème et de son traitement, nous commencions chaque séance d'écriture par un petit débat sur la construction du récit : choisir ses personnages, les lieux, structurer l'histoire, etc.

Voilà une petite scène qui m'a marquée :

Moi : (...) Vous allez choisir vos personnages, pas plus de quatre. Vous leur trouvez un nom et puis vous écrivez à côté quelques renseignements sur leur caractère. Par exemple, ils peuvent être gentils, ou méchants, (...) ou ambigus...

Elèves : c'est quoi ambigu ?

Moi : (contente de la question, forcément) Un personnage ambigu, c'est un personnage compliqué. On ne sait pas trop s'il est gentil ou méchant. Par exemple, il peut faire une bonne action, puis une bêtise. Il peut faire le mal, puis le bien, ou l'inverse.

Blam ! Silence total. Là j'ai 50 yeux qui me fixent et pétillent, 25 bouches bées. "Chting !" ça fait des étincelles dans les ciboulots. Une chose est sûre : l'ambigüité, ça leur parle ! (Parfois, quand on donne ainsi un mot aux enfants, on leur donne en même temps une possibilité de penser, de mieux comprendre certaines intuitions ou sentiments complexes. Ils se trouvent alors dans un état de jubilation évident.) Concentration maximale, ils ne veulent pas en louper une miette.

Moi encore : Dans les livres que vous avez lus cette année, est-ce que vous avez repéré des personnages ambigus ? Dans le Petit Poucet par exemple ?

Elèves : ? ? ?

Moi : Que pensez-vous des parents du Petit Poucet ?

Elèves : Ils sont bizarres !

Moi : Ah... et pourquoi ça ?

Un élève : Ils abandonnent leurs enfants dans la forêt. C'est vraiment méchant ça ! Mais aussi ils regrettent et ils sont contents de les retrouver. C'est très bizarre !

Moi : Oui, c'est bizarre. Vous les trouvez comment ces parents ? Plutôt méchants, plutôt gentils ?

Elèves (en choeur, roulement de tambour) : ambigus !! (pour être honnête, certains disent "gentils" ou "méchants", mais la majorité annonce l’ambiguïté)

Moi : Voilà, ce sont des personnages compliqués. [Bien sûr, je rappellerai à un autre moment que certains comportements nocifs sont punis par la loi et qu'ils n'ont pas à les subir. Mais là, nous restons dans le domaine de la création littéraire.]

Un élève : Et les enfants aussi sont bizarres. Ils retournent voir les parents qui les ont abandonnés.

Un autre élève : C'est normal, c'est des parents, on les aime toujours les parents.

Un autre : Des fois, les parents font de mauvaises choses mais on les aime quand même.

Un autre : ou, on les déteste des fois.

Un autre : Les parents nous aiment même si on fait des bêtises.

Moi : C'est compliqué tout ça, non ? (hochements de tête). Allez, ZOU, faites la liste de vos personnages maintenant.

Ils s'affairent, très sérieusement. Je passe derrière leurs tables pour lire au dessus de leurs épaules.

Résultat des courses : Plus de la moitié des élèves a choisi un personnage ambigu pour son histoire. Et quand je leur demande la raison de ce choix, c'est systématiquement les mêmes réponses "C'est plus rigolo", ou "c'est plus intéressant".

(Je ne leur ai pas dit qu'avec ce genre de parti-pris, ils ne trouveront jamais un éditeur... ;)

Suite, au prochain épisode, si ça vous intéresse, je vous montrerai l'histoire jubilatoire crée par Ramza !!

Et pour mettre un peu de couleur et détendre l'ambiance, un petite pause Nyam :

5 commentaires:

  1. J'adore ce récit! :) :D Oui, j'attends la suite!

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  2. Merci Ojni ! Oui, bientôt la suite ;)

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  3. Ah j'adore ! moi aussi j'attends la suite.

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  4. Excellllent!
    Ah ça vaut vraiment le coup d'inviter des auteurs jeunesse dans une classe, moi je dis!

    Bravo Hélène pour les 25 petits cerveaux en ébullition :))

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  5. Merci Sardinette !Et vive les cerveaux bouillus

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